vendredi 8 juin 2012

Un tour au Parc. (32) Costa Rica




En chemin vers l'Université nous mourons d'envie de visiter au moins un des parcs naturels dont on nous a tant parlé. Nous nous arrêtons une première fois. Non, c'est impossible. Puis plus loin. Enfin non, l'entrée est bien trop chère. C'est un tourisme pour gringos et européens, un tourisme en dollars. Nous passons devant un parc “fermé pour causes de travaux”. Pouvons-nous entrer? Nous serons très sages. Les travailleurs nous laissent passer. Nous devons faire très attention, ne pas nous dévier du sentier. Dès les premiers pas, nous nous retrouvons seuls, les voix ne nous parviennent plus.





 Il fait chaud, lourd. Les araignées nous fascinent. Vieilles danseuses, maigres, pleines de grâce, au maquillage exagéré; protectrices, terrifiantes. Comme si la nature avait tant aimé les sculptures de Louise Bourgeois qu'elles les aurait copiées, animées, parées des vertus culturellement féminines. Le tissage, maternelle, assassin. Les couleurs, toujours alertes de danger. Nous transpirons, les mouches minuscules s'abreuvent à nos fronts, nos bras. Nous ne les repoussons plus. Sous nos pieds ça glisse un peu. On s'arrête un instant pour écouter. Ça crie, ça croasse, ça bruite. Ça pourrit en même temps que ça s'épanouit. Tout vit et meurt à l'unisson, tout est là, le rouge et le noir, l'odeur de moisi, de pourri, le pollen jaune qui tache les doigts et les pétales rose romantique. 




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Je me demande si nous pouvons nous perdre. S'ils peuvent nous enfermer dans le parc. Est-ce une liane ou un serpent? Ça n'est pas une nature que je connais. Elle est étrange, inquiétante, repoussante. Elle montre à la fois notre intérieur et notre extérieur, notre décomposition, notre gloire, le sexe et les illusions de pouvoir, l'insu de nos vies. Impossible de siffloter, de rêvasser, de parler d'autre chose. Nous sommes attentifs, envahis, ramenés sans arrêt sur nos pas par l'intensité de ce qui vit, pousse, se fait entendre. 








En sortant du chemin, ramenés à la lumière, nous ne parlons plus. Nous remercions un peu automatiquement les  hommes si gentils qui nous ont laissé passer. Chacun se referme en soi, comme s'il en avait trop vu.

11 commentaires:

  1. magnifique...quel parc!!! quelles photos!!

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  2. Agnes, el escorpión oaxaqueño es la encarnación sincrónica, transferencial de las arañas ticas. Tu escritura es un llamado onírico, deseante que conecta el pasado y el presente...

    Arturo

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  3. Il me touche beaucoup, ce billet-là.
    Peut-être parce que la jungle me fascine et que tu en parles particulièrement bien...

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  4. Je vais être honnête... là tu ne me fais pas envie avec tes bébêtes !!
    Sinon j'ai trouvé une brosse à dent en bois ( par correspondance fabriquée en Allemage... je l'attends !)
    Et pour les plastqiues d'origine végétale, ce n'est jamais précisé alors dans le doute... mais oui comme on est en retard en France !
    Bises
    Samantha

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    1. oh la la, ces français (bon, une brindille fera l'affaire en attendant ;)

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  5. Fascinant, Envoûtant...Et inquiétant un peu aussi, autant de végétation. Tes photos et ton texte se complètement merveilleusement : on ressentirait presque les moucherons, l'humidité et la chaleur... Et pourtant ici, l'été n'est là qu'officiellement...

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  6. Je continue à suivre vos aventures avec passion !

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  7. Aloooooors ?!!!
    (pression pression ;-)

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  8. Bonjour,
    Je me permet de vous contacter car je viens de lancer le site http://www.aux-cinq-coins-du-monde.com/. Je recherche des francophones vivant à l'étranger et acceptant de répondre à une interview pour partager ses impressions, découvertes et anecdotes sur sa vie d'expatrié.
    Je vis moi-même en Californie du Nord et je suis curieuse de savoir comment on vit dans les autres coins du monde.
    Si vous êtes intéressés par ce projet, n'hésitez pas à me contacter sur mon email perso : sarabourg99@gmail.com.
    Merci d'avance,
    Sara
    http://www.aux-cinq-coins-du-monde.com/

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